L’Urssaf publie chaque année, en données ouvertes, le nombre de travailleurs indépendants qu’elle suit dans chaque département, leurs revenus et leurs secteurs d’activité. Nous avons lu ces trois jeux pour les Alpes-Maritimes (jeux mis à jour le 28 octobre 2025 et le 17 avril 2026, lus le 21 septembre 2026) afin de dresser un portrait de celles et ceux qui exercent à leur compte dans le département : combien ils sont, sous quel statut, dans quels métiers, avec quels revenus moyens — et ce que ces chiffres, construits pour le recouvrement des cotisations, ne peuvent pas dire. Le portrait est économique et social ; l’assurance ne vient qu’ensuite, là où le statut change réellement les règles.

Combien d’indépendants dans les Alpes-Maritimes fin 2024 ?

45 085 indépendants « classiques » et 55 303 auto-entrepreneurs économiquement actifs. Le premier chiffre compte les artisans, commerçants et professions libérales qui cotisent sur leur revenu réel et sont inscrits au 31 décembre 2024. Le second compte les auto-entrepreneurs qui ont déclaré un chiffre d’affaires strictement positif dans l’année — la définition la plus proche d’une activité effective. Les auto-entrepreneurs inscrits sont plus nombreux, 80 897 : près d’un tiers d’entre eux (31,6 %) n’ont rien facturé en 2024 tout en restant immatriculés. En additionnant les comptes inscrits des deux statuts, le département totalise 125 982 comptes de travailleurs indépendants, soit 25,7 % de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et 2,6 % de la France entière.

Le régime de la micro-entreprise y occupe une place un peu plus grande qu’ailleurs : 64,2 % des comptes inscrits dans les Alpes-Maritimes, contre 62,2 % en région et 60,4 % en France. La part des auto-entrepreneurs ayant réellement facturé est en revanche du même ordre partout (68,4 % dans le 06, 68,4 % en région, 67,5 % en France).

Que compte exactement l’Urssaf ?

Trois précisions changent la lecture. D’abord, l’unité : Ces données comptabilisent des comptes de cotisants et non des individus. Une même personne peut détenir deux comptes, un compte peut avoir cessé d’être une activité principale ; parler de « 125 982 indépendants » au sens de personnes serait donc inexact. Ensuite, le champ : Elles concernent l’ensemble des travailleurs indépendants relevant de la protection sociale des indépendants, hors exploitants agricoles, et excluent les dirigeants assimilés salariés (dirigeants de SA, SAS/SASU, mandataires sociaux, gérants minoritaires de SARL). Un dirigeant de SAS, très courant dans le conseil ou le numérique, n’apparaît pas ici. Enfin, deux notions d’activité coexistent pour les auto-entrepreneurs : Est considéré comme administrativement actif un travailleur indépendant immatriculé avant ou pendant l’année étudiée, qu’il ait déclaré ou non un revenu ou un chiffre d’affaires positif, et encore inscrit au 31 décembre. Est considéré comme économiquement actif un auto-entrepreneur ayant déclaré un chiffre d’affaires strictement positif sur l’année étudiée. Nous retenons la seconde comme effectif de premier plan.

Une particularité de la source mérite d’être signalée : depuis 2022, les effectifs d’auto-entrepreneurs administrativement actifs y sont publiés avec des décimales (par exemple 31 728,186607 artisans inscrits en 2024). Nous n’en connaissons pas la cause et ne lui en attribuons aucune ; nous affichons ces effectifs arrondis à l’unité et conservons les valeurs exactes dans notre référence de calcul. Enfin, ce stock de comptes n’a rien à voir avec les créations d’entreprises de l’année, que nous décrivons dans un autre article, Alpes-Maritimes : combien d’entreprises créées en 2025: un flux d’unités nouvelles, toutes formes juridiques comprises, ne s’additionne pas à un stock de cotisants.

Dix ans d’évolution : le poids croissant de la micro-entreprise

En 2014, le département comptait 49 619 indépendants classiques et 22 203 auto-entrepreneurs actifs. Dix ans plus tard, les premiers sont 45 085 (-4 534, soit -9,1 %) et les seconds 55 303 (+33 100, +149,1 %). Le recul des classiques s’est concentré sur la première moitié de la période (-12,3 % entre 2014 et 2019), avant une légère reprise (+3,7 % entre 2019 et 2024) ; les auto-entrepreneurs actifs ont encore progressé de +61,1 % sur les cinq dernières années. Au total, les comptes inscrits passent de 80 435 à 125 982 (+56,6 %), et la part de la micro-entreprise de 38,3 % à 64,2 %.

Comptes de travailleurs indépendants au 31 décembre, Alpes-Maritimes (Urssaf, « Nombre de travailleurs indépendants, par département »). Classiques : administrativement actifs. Auto-entrepreneurs : économiquement actifs (chiffre d’affaires déclaré dans l’année), puis inscrits (administrativement actifs, valeurs arrondies à l’unité : la source les publie avec des décimales depuis 2022). Total = classiques inscrits + auto-entrepreneurs inscrits.
Comptes au 31 décembre201420192024
Classiques — artisans13 69011 11711 458
Classiques — commerçants17 94614 39214 194
Classiques — professions libérales17 98317 98719 433
Classiques — ensemble49 61943 49645 085
Auto-entrepreneurs actifs — artisans10 18714 14322 748
Auto-entrepreneurs actifs — commerçants5 6899 39013 425
Auto-entrepreneurs actifs — professions libérales6 32710 79019 130
Auto-entrepreneurs actifs — ensemble22 20334 32355 303
Auto-entrepreneurs inscrits (arrondi)30 81646 30380 897
Total des comptes inscrits (arrondi)80 43589 799125 982

Artisans, commerçants, professions libérales : trois familles, deux statuts

L’Urssaf ventile chaque statut en trois groupes « au sens de la sécurité sociale ». Chez les classiques, les professions libérales sont les plus nombreuses : 19 433 comptes en 2024, soit 43,1 % de l’ensemble, devant les commerçants (14 194, 31,5 %) et les artisans (11 458, 25,4 %). C’est aussi le seul groupe de classiques qui a progressé depuis 2014 (17 983 → 19 433), quand artisans et commerçants classiques reculaient. Chez les auto-entrepreneurs actifs, l’ordre s’inverse : les artisans viennent en tête (22 748, 41,1 %), devant les professions libérales (19 130, 34,6 %) et les commerçants (13 425, 24,3 %). Ces deux mouvements — recul des artisans et commerçants classiques, essor des auto-entrepreneurs — sont observés sur des stocks de comptes au 31 décembre. La source ne suit pas les comptes un à un : elle ne permet donc pas de dire combien d’indépendants ont changé de statut, cessé leur activité ou commencé une activité nouvelle. Nous décrivons ces deux évolutions côte à côte, sans les relier l’une à l’autre.

Dans quels secteurs exercent-ils ?

Le jeu sectoriel de l’Urssaf regroupe les activités en 42 postes. Pour le millésime 2024, il ne renseigne que les auto-entrepreneurs (57 657 comptes ayant déclaré un chiffre d’affaires, arrêtés à une autre date que les effectifs ci-dessus) ; les classiques n’y figurent qu’au millésime 2023. Chez les auto-entrepreneurs du département en 2024, les secteurs les plus fournis sont ceux des services aux particuliers et aux entreprises : activités de nettoyage (4 431 comptes, 7,7 % du total), autres services personnels, coiffure et soins du corps, enseignement, finition du bâtiment. Le tableau donne, pour les dix premiers, le revenu moyen 2024 tel que l’Urssaf le calcule : le chiffre d’affaires déclaré, après abattement forfaitaire.

Auto-entrepreneurs des Alpes-Maritimes ayant déclaré un chiffre d’affaires en 2024, dix secteurs les plus fournis (Urssaf, « Les revenus des travailleurs indépendants, par département x secteur », données arrêtées fin mai 2025 ; ligne technique de calage exclue). Revenu moyen = masse des revenus / nombre de comptes ; revenu = chiffre d’affaires après abattement forfaitaire, pas un revenu net disponible. Données 2024 uniquement.
Secteur (nomenclature Urssaf)Auto-entrepreneurs 2024PartRevenu moyen 2024
Activités de nettoyage4 4317,7 %7 199 €
Autres services personnels3 5776,2 %6 593 €
Coiffure et soins du corps3 4756,0 %5 530 €
Enseignement2 9725,2 %6 889 €
BTP travaux de finition2 9695,1 %9 534 €
Autres activités de service administratif et de soutien2 9175,1 %8 129 €
Conseil pour les affaires et autres conseils de gestion2 7584,8 %12 461 €
Arts, spectacles et autres activités récréatives2 4364,2 %6 976 €
Industrie2 4124,2 %5 925 €
Autres activités scientifiques et techniques2 2954,0 %8 662 €

Pour les indépendants classiques, la dernière ventilation sectorielle disponible porte sur 2023, et elle dessine un tout autre paysage. Le premier secteur, de loin, est celui des professions paramédicales et sage-femmes: 6 743 comptes en 2023, 14,9 % des classiques du département — infirmiers, kinésithérapeutes et autres auxiliaires médicaux libéraux. Viennent ensuite la restauration et débits de boissons (2 799), les activités immobilières (2 648), les activités juridiques (2 175), le commerce de détail non alimentaire et la médecine spécialisée, analyses médicales (1 726). La santé libérale, au sens large, structure donc le statut classique dans le département ; la micro-entreprise, elle, s’est déployée dans les services.

Revenus moyens 2024 : deux réalités qui ne se comparent pas

Pour 2024, l’Urssaf publie la masse des revenus et le nombre de comptes ayant dégagé un revenu — une population différente des effectifs au 31 décembre, puisqu’elle inclut les comptes qui ont cessé en cours d’année et exclut ceux qui n’ont rien déclaré. Sur cette base, les 45 123 indépendants classiques du département ont dégagé en moyenne 45 995 € dans l’année, un niveau proche de la moyenne nationale (46 897 €, -1,9 %). Les 58 571 auto-entrepreneurs ayant facturé affichent un revenu moyen de 8 136 €, légèrement au-dessus de la moyenne nationale (7 574 €, +7,4 %).

Ces deux moyennes ne mesurent pas la même chose. Le travailleur indépendant classique déclare annuellement son revenu, généralement le résultat comptable de l’exercice ; les revenus taxés d’office ne sont pas pris en compte, ni dans le nombre ni dans les montants. Pour l’auto-entrepreneur, trois notions coexistent et ne se confondent pas. Le chiffre d’affaires déclaré, d’abord : c’est sur lui que les cotisations sociales sont calculées, par un pourcentage fixe appliqué au chiffre d’affaires (régime micro-social). Le revenu reconstitué après abattement forfaitaire, ensuite : le revenu des auto-entrepreneurs est calculé à partir du chiffre d’affaires déclaré, après un abattement forfaitaire de 34 %, 50 % ou 71 % selon la nature de l’activité. C’est ce revenu reconstitué que l’Urssaf utilise dans ces statistiques et qui sert, pour certaines prestations, de revenu de référence. Le revenu réellement disponible, enfin, une fois payées les charges professionnelles réelles, les cotisations et l’impôt — qui peut être supérieur ou inférieur au revenu reconstitué. Les deux moyennes, 45 995 € et 8 136 €, reposent donc sur des populations et sur des définitions de revenu différentes : elles ne se comparent pas directement, et ne permettent pas de comparer les situations individuelles.

La ventilation par secteur, disponible pour 2023 chez les classiques, montre l’ampleur des écarts entre métiers : 132 418 € en moyenne pour la médecine spécialisée, analyses médicales, 105 934 € pour la pratique dentaire, 72 189 € pour les activités juridiques — contre 23 869 € dans la restauration et débits de boissons et 8 873 € pour le commerce de détail sur marchés non classé ailleurs. À l’intérieur d’un même secteur, la dispersion est tout aussi réelle, mais ces jeux ne la publient pas : aucune médiane, aucun quartile.

Ce que ces moyennes ne disent pas

  • La dispersion. Une moyenne de 8 136 € peut recouvrir une majorité de revenus très faibles et une minorité de revenus élevés ; sans médiane, on ne le sait pas.
  • Le temps de travail et le cumul. Beaucoup d’auto-entrepreneurs exercent à titre complémentaire d’un emploi salarié ou d’une retraite ; la source ne distingue pas activité principale et activité d’appoint.
  • Le revenu réellement disponible. Ni les charges réelles des auto-entrepreneurs, ni les cotisations et l’impôt des uns et des autres n’entrent dans ces montants.
  • Les personnes. Comptes de cotisants, non individus : ni l’âge, ni le sexe, ni la composition du foyer ne sont connus ici.

Ce que le statut change à la protection sociale

Si les données Urssaf ne disent rien de la couverture de chacun, elles rappellent une réalité que tout indépendant du département vit concrètement : la protection sociale obligatoire ne dépend pas du département, mais du statut, de la caisse de rattachement et du revenu sur lequel on cotise. Trois mécanismes méritent d’être compris avant toute comparaison de contrats.

  • L’assiette. L’indépendant classique cotise sur son revenu professionnel réel, déclaré chaque année ; les modalités de calcul de ses prestations dépendent ensuite de la prestation considérée et du régime de rattachement. L’auto-entrepreneur cotise sur son chiffre d’affaires, par un pourcentage fixe ; pour certaines prestations, notamment les indemnités journalières maladie, l’Assurance Maladie retient le revenu reconstitué après abattement forfaitaire. Un chiffre d’affaires modeste ouvre donc des droits modestes, quelle que soit la réalité de l’activité.
  • La caisse. Artisans, commerçants et, depuis 2018-2019, la plupart des professions libérales non réglementées relèvent de la sécurité sociale des indépendants : indemnités journalières maladie versées par l’Assurance Maladie sur la base du revenu d’activité annuel moyen des trois dernières années, invalidité-décès et retraite complémentaire gérées par ce régime. Les professions libérales réglementées affiliées à une section de la CNAVPL — médecins, auxiliaires médicaux, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, experts-comptables, architectes… — dépendent de leur section pour la retraite et l’invalidité-décès, aux règles très différentes d’une caisse à l’autre ; pour la maladie, un régime d’indemnités journalières versées par l’Assurance Maladie leur est ouvert pour les arrêts débutant à compter du 1er juillet 2021. Les avocats, enfin, relèvent de la CNBF, qui gère leur retraite et une prévoyance de base avec une couverture obligatoire propre ; ils ne sont pas concernés par le dispositif de 2021. Un auto-entrepreneur libéral relève de l’un ou l’autre régime selon son activité et sa date de début.
  • Le revenu et les droits acquis. Deux indépendants du même secteur, avec le même chiffre d’affaires, n’ont pas les mêmes garanties si l’un a cotisé quinze ans et l’autre dix-huit mois, si l’un a des charges fixes élevées et l’autre non, si l’un a déjà souscrit une prévoyance et l’autre pas.

C’est pourquoi aucune statistique départementale ne permet de conclure qu’un indépendant est bien ou insuffisamment protégé : le niveau réel de protection dépend du statut, de la caisse, des revenus, des droits acquis, des contrats en vigueur et des besoins personnels. Ce que le portrait ci-dessus rend visible, c’est seulement la diversité des situations que ces règles produisent dans le département — d’un auxiliaire médical classique à un auto-entrepreneur du nettoyage, les bases de calcul, les caisses et les enjeux ne sont pas les mêmes.

Et pour sa propre protection ?

Le point de départ n’est pas la moyenne du département, mais son propre statut et sa propre caisse : ils fixent ce que le régime obligatoire verse en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès, et sur quelle base. Nous détaillons ces mécanismes, statut par statut, sur nos pages consacrées à la prévoyance des indépendants — avec des déclinaisons pour les artisans, les commerçants, les professions libérales et les auto-entrepreneurs —, à la mutuelle des indépendants, à l’articulation entre mutuelle et prévoyance et au plan d’épargne retraite. Pour une situation précise, le Bilan 360 permet de faire le point en ligne sur ses droits obligatoires et ses contrats existants, ou d’en parler avec un conseiller.