Le 27 août 2026, l’Insee a publié le chapitre « Créations d’entreprises et d’établissements en 2025 » de son dossier complet des Alpes-Maritimes. Il repose sur le Système d’information sur la démographie d’entreprises (SIDE), alimenté par le répertoire Sirene, sur le champ des activités marchandes hors agriculture. Nous en lisons les deux tables utiles — les créations par secteur et forme légale, et leur évolution depuis 2012 — puis nous disons ce qu’elles permettent, et ne permettent pas, de conclure pour un créateur indépendant.

Combien d’entreprises ont été créées dans les Alpes-Maritimes en 2025 ?

29 723. C’est le nombre d’entreprises créées dans le département en 2025, contre 27 199 en 2024 : 2 524 créations de plus, soit +9,3 %. La série publiée par l’Insee remonte à 2012, où le département comptait 16 969 créations ; 2025 en est le point le plus haut. Sur la même année, la France enregistre 1 165 800 créations, en hausse de +5 % : la progression du 06 est donc plus rapide que la moyenne nationale.

Le poids du département se lit dans la diffusion comparative de l’Insee parue le 11 mai 2026 : 29 723 créations sur 112 601 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, soit 26,4 % des créations régionales, et 2,5 % des 1 165 795 créations françaises.

Une précision de vocabulaire, qui commande toute la suite : pour l’Insee, une création d’entreprise est l’immatriculation d’une nouvelle unité légale au répertoire Sirene, hors reprise d’une activité existante. Le chiffre compte donc des immatriculations dans l’année, pas des entreprises en activité, pas des emplois, pas des chiffres d’affaires.

Trois créations sur quatre sont des entreprises individuelles

22 466 des 29 723 créations de 2025 sont des entreprises individuelles, soit 75,6 %. Viennent ensuite les SAS, 5 221 créations (17,6 %), puis les SARL, 1 696 (5,7 %), et 340 autres formes de sociétés (1,1 %). La proportion d’entreprises individuelles est voisine de celle mesurée en France, où micro-entrepreneurs et entreprises individuelles classiques réunis représentent 74,2 % des créations de 2025.

Ce que mesure la « forme légale » : la catégorie juridique déclarée à l’immatriculation, rien d’autre. Une entreprise individuelle est, dans la définition de l’Insee, une entreprise en nom propre, dont l’identité se confond avec celle du dirigeant ; les micro-entrepreneurs en font partie — l’Insee définit les « entreprises individuelles classiques » comme les entreprises individuelles hors micro-entrepreneurs. Le tableau départemental ne sépare pas les deux : on sait que 22 466 entreprises en nom propre ont été créées dans le 06, pas combien relèvent du régime micro-social. À l’échelle nationale, la répartition est de 758 600 immatriculations de micro-entrepreneurs pour 105 900 entreprises individuelles classiques ; rien n’autorise à transposer ce ratio au département.

La série longue montre un déplacement net entre formes de sociétés : en 2012, le département enregistrait 3 644 créations de SARL et 820 de SAS ; en 2025, 1 696 SARL et 5 221 SAS. La part des entreprises individuelles varie aussi fortement selon l’activité — de 19,7 % dans les activités financières et d’assurance à 91,3 % dans l’enseignement, la santé et l’action sociale — ce qui rappelle que la forme juridique dit d’abord quelque chose du métier exercé.

Dans quels secteurs se créent le plus d’entreprises ?

Deux grandes familles concentrent plus de la moitié des créations : les activités spécialisées, scientifiques et techniques avec les services administratifs et de soutien (7 979), et le commerce, les transports, l’hébergement et la restauration (7 838). La construction arrive ensuite (3 365).

Créations d’entreprises dans les Alpes-Maritimes en 2025 par secteur d’activité (Insee, SIDE, DEN T1 - Créations d’entreprises par secteur d’activité et forme légale en 2025). Part du secteur calculée sur 29 723 ; part des entreprises individuelles telle que publiée.
SecteurCréationsPart des créationsDont entreprises individuelles
Activités spécialisées, scientifiques et techniques et activités de services administratifs et de soutien7 97926,8 %76,9 %
Commerce de gros et de détail, transports, hébergement et restauration7 83826,4 %76,4 %
Autres activités de services3 39711,4 %87,8 %
Construction3 36511,3 %69,5 %
Administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale2 4088,1 %91,3 %
Information et communication1 5985,4 %75,4 %
Activités immobilières1 3444,5 %46,5 %
Industrie manufacturière, industries extractives et autres1 1083,7 %77,9 %
Activités financières et d’assurance6862,3 %19,7 %
Ensemble29 723100,0 %75,6 %

Rapportée à la France, la structure du 06 se distingue sur deux postes : la construction pèse 11,3 % des créations du département contre 7,3 % nationalement, et l’industrie 3,7 % contre 6,1 %. Le commerce, les transports, l’hébergement et la restauration sont légèrement en retrait (26,4 % contre 28,5 %). Ces écarts décrivent la composition des créations ; ils n’expliquent pas pourquoi elles ont lieu, et nous ne le prétendons pas.

Ce que ces chiffres ne disent pas sur les entreprises du 06

La tentation est de lire ce chiffre comme un stock d’entreprises en activité, ou pire, comme un marché. Quatre frontières à ne pas franchir :

  • Créations ≠ entreprises actives. Une immatriculation n’est pas un démarrage. L’Insee observe, à l’échelle nationale et sur la période récente, que près de sept entreprises créées sur dix deviennent économiquement actives dans les deux ans ; le dossier départemental ne publie pas ce taux pour le 06, et nous ne l’y appliquons pas.
  • Créations ≠ employeurs. Rien, dans ces tables, ne dit si l’entreprise créée emploie ou emploiera quelqu’un. Le tissu employeur des Alpes-Maritimes se mesure avec une autre source, l’Urssaf, et une autre unité, l’établissement employeur : c’est l’objet de notre lecture des données Urssaf 2025 sur l’emploi privé dans les Alpes-Maritimes. Les deux chiffres ne s’additionnent ni ne se comparent : une création d’entreprise n’est pas un établissement employeur.
  • Créations ≠ revenus. Aucune donnée de chiffre d’affaires, de bénéfice ou de rémunération n’accompagne ces effectifs.
  • Créations ≠ couverture sociale. Ces tables ne disent ni si les créateurs disposent d’une prévoyance, ni quel est leur niveau de protection, ni pourquoi ils ont choisi le département. 75,6 % d’entreprises individuelles n’équivaut pas à 75,6 % de personnes à assurer.

Que doit vérifier un créateur indépendant au-delà du choix de la forme juridique ?

Ce que la statistique ne peut pas dire de 29 723 créateurs, chacun peut le vérifier pour lui-même. La forme juridique n’est que le point de départ ; quatre points la suivent, tous documentés par des fiches officielles.

  1. Le régime social réel. L’entrepreneur individuel relève de la Sécurité sociale des indépendants ; le micro-entrepreneur, qui relève du régime micro-social, cotise en pourcentage du chiffre d’affaires encaissé. En société, le dirigeant associé majoritaire de SARL et le dirigeant associé d’EURL sont travailleurs non salariés ; les autres dirigeants (président de SAS ou de SASU, gérant minoritaire ou égalitaire de SARL notamment) relèvent du régime général de la sécurité sociale. Le rôle et la détention du capital comptent donc autant que la forme : un même sigle, SARL, abrite deux régimes.
  2. La rémunération ou le revenu effectivement dégagé. L’immatriculation n’en dit rien ; or le revenu, le chiffre d’affaires et les cotisations versées influencent certains droits et certaines prestations, à des conditions qui ne sont pas identiques pour toutes les garanties. La retraite dépend notamment du montant des cotisations versées. Pour un micro-entrepreneur, la fiche officielle est explicite : si le chiffre d’affaires ou le montant des recettes est égal à 0 €, il n’y a aucun prélèvement — à chiffre d’affaires nul, il ne verse donc aucune cotisation sociale, sauf s’il opte pour les cotisations minimales ; cette option peut permettre l’accès à certaines garanties, notamment les indemnités journalières, selon la fiche Service-Public.
  3. Les droits obligatoires et leurs limites. Le régime des indépendants couvre la maladie, la maternité et la retraite, sous conditions ; il n’indemnise pas les accidents du travail, pour lesquels une assurance volontaire existe. Savoir ce que le régime verse — et ne verse pas — précède toute décision.
  4. La continuité du revenu en cas d’arrêt. Une fois le régime et le revenu connus, la question devient : que resterait-il chaque mois si l’activité s’arrêtait ? C’est une question de prévoyance, qui se pose contrat par contrat et statut par statut ; nous la traitons sur notre page prévoyance des travailleurs non salariés, sans formuler ici de recommandation individuelle.

Conclusion

29 723 créations en 2025, +9,3 % en un an, trois entreprises individuelles sur quatre : le dossier de l’Insee décrit un tissu entrepreneurial, dans sa composition et son mouvement. Il ne décrit aucun créateur en particulier. Le diagnostic personnel commence là où la statistique s’arrête : au statut réel et à la rémunération.