Chaque année, l’Urssaf publie, département par département, le nombre d’établissements employeurs du secteur privé et leurs effectifs salariés au 31 décembre, ventilés par grand secteur d’activité et par tranche d’effectif. L’édition 2025 décrit la situation au 31 décembre 2025. Ce jeu de données ne mesure pas « les entreprises » : il compte des comptes cotisants ayant déclaré une masse salariale au dernier mois de l’année, et les salariés qui y sont rattachés à cette date. Lu avec cette précaution, il donne une image fidèle de la façon dont l’emploi privé est réparti dans les Alpes-Maritimes — et de ce qui distingue le département du reste du pays. Cet article en propose une lecture datée, comparée au périmètre national, puis en tire ce qui compte réellement pour un employeur dont l’équipe se structure.
42 163 établissements employeurs privés dans le département
Au 31 décembre 2025, les Alpes-Maritimes comptent 42 163 établissements employeurs du secteur privé relevant du régime général, employant 330 823 salariés. Le périmètre est celui de l’Urssaf : le secteur privé hors agriculture (qui relève de la MSA), hors fonction publique et hors particuliers employeurs. Les effectifs sont publiés avec des décimales par la source ; ils sont arrondis ici à l’unité.
Un établissement employeur n’est pas une entreprise. C’est un compte cotisant — en pratique un SIRET — qui a versé des salaires dans l’année. Une enseigne présente dans plusieurs communes du département compte pour autant d’établissements ; à l’inverse, une société sans salarié, ou dont le dirigeant est le seul actif non salarié, n’est pas comptée. Le chiffre de 42 163 ne dit donc rien du nombre d’entreprises du 06 : il dit combien de lieux d’emploi privé déclarent des salaires.
Un tissu très concentré dans la tranche « 0 à 9 salariés »
35 662 établissements, soit 84,6 % des établissements employeurs recensés, appartiennent à la tranche Urssaf « 0 à 9 ». Dans le périmètre national publié par l’Urssaf, cette part est de 80,5 % : le 06 est donc au-dessus de +4,1 points. La concentration dans les petites structures n’est pas une particularité locale — elle est la règle partout — mais elle est plus marquée ici.
Deux précisions de lecture, parce que la formulation courante trahit la source. D’abord, la tranche s’appelle « 0 à 9 », pas « 1 à 9 » : elle inclut les établissements comptés à 0 salarié au 31 décembre — ceux qui ont eu une masse salariale dans l’année mais plus d’effectif à la date d’observation. Il est donc exact d’écrire que 84,6 % des établissements employeurs recensés relèvent de cette tranche, et inexact d’écrire qu’ils ont tous au moins un salarié. Ensuite, la part porte sur des établissements, pas sur des entreprises : une société qui exploite trois petits points de vente compte trois fois dans cette tranche.
30,2 % des salariés travaillent dans ces petits établissements
La concentration se voit aussi côté effectifs, et c’est là que le département se distingue le plus. Les établissements de la tranche « 0 à 9 » emploient 99 917 salariés, soit 30,2 % des effectifs privés du 06. Dans le périmètre national, ces mêmes petits établissements ne pèsent que 22,6 % des effectifs : l’écart est de +7,6 points. Autrement dit, dans les Alpes-Maritimes, trois salariés du privé sur dix travaillent dans un établissement de moins de 10 salariés, contre un peu plus de deux sur dix en France.
Le complément est tout aussi parlant : 69,8 % des salariés du département relèvent d’établissements situés hors de cette tranche — 10 salariés et plus, ou tranche non renseignée —, qui ne représentent que 15,4 % des établissements employeurs. Le tissu azuréen n’est pas seulement fait de petites structures ; il est fait de petites structures qui, prises ensemble, emploient une part inhabituelle des salariés. À l’intérieur même de la tranche, la taille moyenne est de 2,8 salariés par établissement dans le 06, contre 3,0 nationalement.
7,8 salariés par établissement : comment lire ce chiffre sans le confondre avec la taille d’une entreprise
Rapportés l’un à l’autre, les 330 823 salariés et les 42 163 établissements donnent 7,8 salariés par établissement employeur dans les Alpes-Maritimes, contre 10,5 dans le périmètre national publié par l’Urssaf (100 départements présents dans le jeu ; Mayotte n’y figure pas). Ce ratio résume en un nombre les deux constats précédents : plus de petits établissements, et plus de salariés dans ces petits établissements.
Il faut pourtant résister à l’envie d’en faire « la taille moyenne d’une entreprise du 06 ». C’est le rapport de deux totaux départementaux, pas la moyenne d’une distribution d’entreprises : il est tiré vers le bas par les 35 662 établissements de la tranche « 0 à 9 » (2,8 salariés en moyenne), et vers le haut par les établissements les plus grands. Il sert à comparer des territoires entre eux — le 06 avec la France — et à rien d’autre. Un employeur ne peut pas s’y situer, et aucune obligation ne se déduit d’une moyenne.
Le poids particulier de l’hôtellerie-restauration dans le 06
Sur les 42 163 établissements employeurs du département, 5 092 relèvent de l’hôtellerie-restauration (grand secteur « GS4 » de la nomenclature Urssaf), soit 12,1 % des établissements, contre 9,9 % dans le périmètre national — un écart de +2,2 points. Le département compte donc, en proportion, sensiblement plus de lieux d’emploi dans ce secteur qu’ailleurs.
Cette part est mesurée en établissements, au 31 décembre. Elle ne dit pas la part de l’hôtellerie-restauration dans les effectifs salariés du département, ni ce que serait cette part en pleine saison : le jeu décrit une date d’observation, pas une année d’activité. Ce que la donnée établit, c’est qu’à la date d’observation, le poids de ce secteur dans le tissu employeur des Alpes-Maritimes est nettement supérieur à son poids national. Rien de plus : ni son poids dans l’emploi, ni son évolution, ni la situation sociale des établissements concernés ne se lisent dans ce chiffre.
Ce qu’un petit employeur doit vérifier quand son équipe se structure
Les statistiques ci-dessus décrivent un tissu ; elles ne prouvent ni qu’un employeur du 06 est mal couvert, ni qu’il a un besoin particulier, ni qu’il est en défaut. En revanche, la prédominance de très petites structures rend une confusion fréquente : croire que les obligations sociales de l’employeur « commencent » à un certain effectif. Ce n’est pas le cas — et les seuils ne sont pas les mêmes d’une obligation à l’autre.
| Obligation | Ce qui la déclenche | Ce que fixe le socle légal |
|---|---|---|
| Complémentaire santé collective | Le premier salarié — aucun seuil d’effectif | Obligatoire depuis le 1er janvier 2016, financée à au moins 50 % par l’employeur |
| Prévoyance des cadres | La présence d’un salarié relevant du statut cadre | Cotisation de 1,5 % de la tranche 1, à la charge exclusive de l’employeur (ANI du 17 novembre 2017 relatif à la prévoyance des cadres) |
| Maintien de salaire en cas de maladie ou d’accident | L’ancienneté du salarié (1 an dans l'entreprise dans le socle légal) | Indemnité complémentaire aux indemnités journalières (art. L. 1226-1 du code du travail) ; durée et taux souvent améliorés par la convention collective |
Le point commun de ces trois lignes : aucune ne dépend du nombre de salariés. La première se déclenche à l’embauche, la deuxième au premier cadre, la troisième à l’ancienneté d’un salarié donné — et la convention collective de la branche peut aller au-delà du socle légal, pour la part patronale de la complémentaire santé comme pour le maintien de salaire. Pour un employeur du 06 dont l’équipe passe de deux à cinq personnes, la question n’est donc pas « ai-je atteint un seuil ? » mais « quelle convention s’applique, et qui, dans mon équipe, déclenche quoi ? ».
Le détail de chacune de ces obligations — périmètre, dispenses, panier de soins, coût, traitement social de la part patronale — est traité sur notre page consacrée aux obligations de l’employeur en santé, prévoyance et partage de la valeur. Cet article s’arrête volontairement au principe : les données Urssaf disent à quoi ressemble le tissu employeur des Alpes-Maritimes, les textes disent ce que chaque employeur doit — et les deux ne se déduisent pas l’un de l’autre.