L’Assurance Maladie publie chaque année, en données ouvertes, la démographie et l’activité des professions de santé libérales, département par département. Nous avons lu deux de ces jeux pour les Alpes-Maritimes (jeux mis à jour le 15 décembre 2025, dernières données 2024 mises à disposition le 6 octobre 2025, lus le 21 septembre 2026) et retenu deux professions : les infirmiers et les masseurs-kinésithérapeutes, les deux auxiliaires médicaux les plus nombreux en exercice libéral. Combien ils sont, comment leurs effectifs ont évolué, quel âge ont ces professions, ce que mesurent leurs honoraires — puis, seulement ensuite, de quoi dépend la protection sociale d’un professionnel qui s’installe ou exerce dans le département. Le portrait est statistique ; il ne dit rien de la situation de chacun.
Combien d’infirmiers et de kinésithérapeutes libéraux dans les Alpes-Maritimes fin 2024 ?
2 562 infirmiers et 1 892 masseurs-kinésithérapeutes exerçant en libéral. Le département représente ainsi 19,8 % des infirmiers libéraux de Provence-Alpes-Côte d’Azur et 20,9 % de ses masseurs-kinésithérapeutes. Rapportés à la population, ces effectifs donnent 226,7 infirmiers et 167,4 kinésithérapeutes pour 100 000 habitants. Les deux densités sont nettement supérieures aux moyennes françaises (144,3 et 119,7, soit +82,4 et +47,7 points pour 100 000 habitants) et légèrement inférieures aux moyennes régionales (246,4 et 172,9, soit -19,7 et -5,5 points).
Les deux professions n’ont pas le même visage. Les infirmiers libéraux du département sont très majoritairement des femmes (78,5 %, contre 82,1 % en France) ; chez les masseurs-kinésithérapeutes, les hommes sont légèrement plus nombreux (1 028 contre 864 femmes, soit 45,7 % de femmes, contre 49,4 % en France).
Que compte exactement l’Assurance Maladie ?
Trois précisions changent la lecture. D’abord, le champ : Les données portent sur les professionnels de santé actifs au 31 décembre de l’année concernée, exerçant leur activité en libéral, ayant perçu au moins 1 euro d’honoraires, qu’ils soient conventionnés ou non ; les remplaçants ne sont pas décomptés, leur activité étant comptabilisée dans celle du professionnel remplacé ; les professionnels en cumul emploi-retraite sont décomptés. Un infirmier salarié d’un établissement, un kinésithérapeute qui n’exerce qu’à l’hôpital n’apparaissent donc pas ici ; un professionnel en exercice mixte, libéral et salarié, y figure au titre de son activité libérale. Ensuite, le lieu : Les effectifs correspondent au nombre de professionnels de santé libéraux en activité au 31 décembre de l’année N, dénombrés en fonction du lieu de leur cabinet principal. Un cabinet secondaire situé dans un autre département n’y est pas compté. Enfin, la densité : La densité de l’année N est exprimée pour 100 000 habitants au 1er janvier de l’année N+1 (estimation Insee) ; la densité 2024 est calculée à partir des données provisoires au 1er janvier 2025.
Ces définitions ne sont pas celles d’autres sources. Nous avons décrit dans un autre article la démographie des médecins, chirurgiens-dentistes et pharmaciens du département à partir du répertoire partagé des professionnels de santé (DREES), tous modes d’exercice confondus : Professionnels de santé dans les Alpes-Maritimes en 2026. Les infirmiers et les kinésithérapeutes n’y figuraient pas, et les densités des deux sources ne se comparent pas entre elles : l’une compte les libéraux, l’autre l’ensemble des professionnels. Aucune valeur de l’un n’est reprise dans l’autre. Le portrait des indépendants du département, toutes professions confondues, fait l’objet d’un troisième article : Indépendants dans les Alpes-Maritimes : profils, revenus et enjeux de protection sociale.
Depuis 2020 : deux trajectoires différentes
Le nombre d’infirmiers libéraux des Alpes-Maritimes a diminué chaque année entre 2020 et 2024 : 2 777 fin 2020, 2 562 fin 2024, soit -215 (-7,7 %). La région suit la même pente, moins marquée (-3,6 %), tandis que l’effectif national est resté à peu près stable (+1,0 %). Les masseurs-kinésithérapeutes ont progressé sur la même période : 1 753 → 1 892 dans le département (+139, +7,9 %), +12,0 % en région, +14,3 % en France — une croissance moins rapide dans les Alpes-Maritimes qu’ailleurs.
Ces séries décrivent des effectifs au 31 décembre ; elles ne disent rien des entrées et des sorties qui les composent — installations, cessations, départs en retraite, passages au salariat ou changements de département —, et rien de ce qui les motive. Nous les rapportons donc l’une à côté de l’autre, sans les relier entre elles ni à une cause.
| Effectif au 31 décembre | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2020 → 2024 | Densité 2024 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Infirmiers — Alpes-Maritimes | 2 777 | 2 711 | 2 646 | 2 574 | 2 562 | -7,7 % | 226,7 |
| Infirmiers — Provence-Alpes-Côte d’Azur | 13 395 | 13 270 | 13 084 | 12 962 | 12 915 | -3,6 % | 246,4 |
| Infirmiers — France | 98 014 | 99 099 | 99 506 | 99 472 | 99 023 | +1,0 % | 144,3 |
| Masseurs-kinésithérapeutes — Alpes-Maritimes | 1 753 | 1 788 | 1 818 | 1 842 | 1 892 | +7,9 % | 167,4 |
| Masseurs-kinésithérapeutes — Provence-Alpes-Côte d’Azur | 8 096 | 8 258 | 8 472 | 8 730 | 9 064 | +12,0 % | 172,9 |
| Masseurs-kinésithérapeutes — France | 71 831 | 73 457 | 75 610 | 78 769 | 82 101 | +14,3 % | 119,7 |
Densité : ce que le chiffre mesure, et ce qu’il ne mesure pas
Une densité rapporte un effectif de professionnels à une population résidente. Elle ne mesure ni le volume d’activité de chaque cabinet, ni le temps de travail, ni la demande de soins — qui dépend notamment de l’âge de la population et des séjours de visiteurs, deux paramètres importants dans ce département —, ni la répartition à l’intérieur du territoire, entre le littoral et les vallées. Une densité supérieure à la moyenne nationale n’autorise donc aucun diagnostic sur l’accès aux soins ni sur l’opportunité de s’installer dans tel ou tel secteur. Pour cette question, ce sont les règles conventionnelles de chaque profession et les zonages publiés par l’Assurance Maladie et l’agence régionale de santé qui font foi, à l’échelle de zones bien plus fines que le département ; ils ne sont pas traités ici.
L’âge des deux professions
Le millésime 2024 permet de lire la structure par âge, sur des classes dont la somme correspond exactement à l’effectif total. Dans les Alpes-Maritimes, 26,7 % des infirmiers libéraux ont 55 ans ou plus, contre 25,0 % en région et 20,9 % en France ; les moins de 35 ans représentent 12,7 % de l’effectif départemental (14,2 % en France). Les masseurs-kinésithérapeutes sont globalement plus jeunes : 32,0 % de moins de 35 ans dans le département, 19,8 % de 55 ans ou plus — là encore un peu plus qu’en France (38,1 % et 15,7 %).
Une structure d’âge décrit un état ; elle ne préjuge ni des départs à venir, ni des remplacements, ni de l’activité de chacun — un professionnel de plus de 65 ans peut exercer à temps très partiel ou en cumul emploi-retraite, un jeune installé peut exercer en exercice mixte. Pour les kinésithérapeutes, une petite part des effectifs est d’âge inconnu dans la source (2,3 % dans le département) ; elle est comprise dans le total qui sert de dénominateur.
| Part de l’effectif 2024 | Moins de 35 ans | 35 à 54 ans | 55 à 64 ans | 65 ans et plus | Âge inconnu |
|---|---|---|---|---|---|
| Infirmiers — Alpes-Maritimes | 12,7 % | 60,5 % | 23,5 % | 3,3 % | 0,1 % |
| Infirmiers — Provence-Alpes-Côte d’Azur | 12,2 % | 62,8 % | 22,4 % | 2,6 % | 0,0 % |
| Infirmiers — France | 14,2 % | 64,9 % | 19,1 % | 1,8 % | 0,0 % |
| Masseurs-kinésithérapeutes — Alpes-Maritimes | 32,0 % | 45,9 % | 13,7 % | 6,0 % | 2,3 % |
| Masseurs-kinésithérapeutes — Provence-Alpes-Côte d’Azur | 34,3 % | 44,9 % | 14,4 % | 5,4 % | 1,0 % |
| Masseurs-kinésithérapeutes — France | 38,1 % | 45,9 % | 12,0 % | 3,7 % | 0,3 % |
Honoraires : ce que l’Assurance Maladie mesure, et ce qu’elle ne mesure pas
Le second jeu publie les honoraires perçus par ces professionnels. En 2024, les « honoraires sans dépassement » moyens s’établissent à 122 864 € par infirmier libéral des Alpes-Maritimes (123 870 € en région, 105 445 € en France, soit +16,5 % pour le département) et à 98 563 € par masseur-kinésithérapeute (97 403 € en région, 84 670 € en France, +16,4 %). Entre 2020 et 2024, ces moyennes ont augmenté de +21,9 % pour les infirmiers et de +22,2 % pour les kinésithérapeutes du département — le point de départ 2020 étant, pour la kinésithérapie, nettement plus bas que l’année suivante (80 641 € contre 90 900 € en 2021), ce qui pèse sur la comparaison.
Ces montants demandent trois précautions, que la source formule elle-même. Ce sont d’abord des honoraires, pas des revenus : Le montant des honoraires correspond à la somme des rémunérations perçues par les professionnels de santé libéraux (incluant éventuellement des dépassements, ainsi que des rémunérations forfaitaires et aides conventionnelles). Les honoraires sont à différencier des revenus, qui sont obtenus après déduction des charges (cotisations sociales, matériel, équipements, loyers, etc.). Les revenus ne sont pas présentés sur ce site. Ni les cotisations sociales, ni le loyer du cabinet, ni le véhicule, ni les assurances n’en sont déduits ; un honoraire moyen ne dit donc rien de ce qu’un professionnel conserve, et deux cabinets aux honoraires identiques peuvent avoir des charges très différentes. Ensuite, le contenu : Les « honoraires sans dépassement » (HSD) correspondent au tarif conventionnel et servent de base au remboursement ; ils comprennent également les rémunérations et aides forfaitaires et les indemnités de déplacement. Enfin, le dénominateur : Le « montant moyen (par professionnel) » correspond aux honoraires perçus en moyenne par un professionnel de santé libéral, calculé sur la sous-population des professionnels « actifs à part entière » (APE) : âgés de moins de 65 ans, ayant exercé une activité libérale normale sur une année complète, dans un cadre conventionné. En 2024, la part des APE dans les effectifs est de 92 % pour les auxiliaires médicaux. Les moyennes ne portent donc pas sur les 2 562 infirmiers et 1 892 kinésithérapeutes comptés plus haut, mais sur une sous-population aux contours définis par l’Assurance Maladie ; nous n’avons recalculé aucune moyenne.
Les dépassements d’honoraires, enfin, sont marginaux pour ces deux professions, qui appliquent les tarifs conventionnels : Les auxiliaires médicaux conventionnés appliquent les tarifs conventionnels ; ils sont autorisés à pratiquer des dépassements d’honoraires à titre exceptionnel (exigence particulière du patient, non liée à un motif médical), non pris en charge par l’Assurance Maladie. Dans le département, ils représentent 0,8 % des honoraires totaux des masseurs-kinésithérapeutes en 2024 (2,7 % en France) et une part quasi nulle de ceux des infirmiers (1 393 € sur l’ensemble du département).
Ce que ces chiffres ne disent pas
- L’activité réelle. Un effectif compte des cabinets principaux, pas des heures ni des patients ; le temps partiel, l’exercice mixte et le cumul emploi-retraite y sont indistincts.
- Les causes. Le recul des infirmiers et la progression des kinésithérapeutes sont deux séries observées ; ces données ne permettent d’attribuer ni l’une ni l’autre à un facteur particulier.
- L’accès aux soins. Une densité départementale n’indique ni délais, ni disponibilité, ni répartition entre le littoral et l’arrière-pays ; les zonages conventionnels, seuls opposables, sont définis à une échelle plus fine et ne sont pas traités ici.
- Le revenu disponible. Les honoraires sont bruts et remboursables ; charges, cotisations et impôt n’y figurent pas, et les moyennes portent sur une sous-population.
- La protection de chacun. Aucune de ces statistiques ne renseigne les droits ouverts, les contrats détenus ni les besoins d’un professionnel donné.
Infirmier ou kiné libéral : de quoi dépend la protection sociale obligatoire
Si les données de l’Assurance Maladie ne disent rien de la couverture de chacun, elles rappellent une réalité que tout professionnel qui s’installe dans le département rencontre : sa protection sociale obligatoire ne dépend pas du lieu d’exercice, mais de son conventionnement, de sa profession et de deux régimes distincts, qu’il faut savoir distinguer avant de comparer des contrats.
- La maladie : le régime des PAMC. L’infirmier ou le masseur-kinésithérapeute libéral qui a adhéré à la convention de sa profession relève du régime d’assurance maladie des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés (PAMC), auprès de la caisse d’assurance maladie de son lieu d’exercice. Ce régime rembourse ses frais de santé aux mêmes conditions que tout assuré, verse des indemnités ou allocations en cas de congé maternité, paternité ou adoption, et un capital décès ; la convention prévoit aussi une participation de l’Assurance Maladie à ses cotisations sociales, au titre de l’activité conventionnée. Pour les arrêts de travail débutant depuis le 1er juillet 2021, il bénéficie d’indemnités journalières maladie versées par l’Assurance Maladie, après un délai de carence de 3 jours et pour une durée maximale de 90 jours, sous réserve d’un an d’affiliation au titre de l’activité. En revanche, ce régime ne couvre pas automatiquement l’accident du travail ni la maladie professionnelle : une assurance volontaire peut être souscrite auprès de la caisse. Un professionnel non conventionné ne relève pas de ce régime ; sa situation est à vérifier auprès de l’Assurance Maladie.
- La retraite et l’invalidité-décès : la CARPIMKO. Infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes exerçant en libéral sont obligatoirement affiliés à la CARPIMKO, section de la caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales, pour la retraite de base, la retraite complémentaire et le régime invalidité-décès. Ce dernier prévoit des allocations journalières en cas d’incapacité à partir du 91e jour d’arrêt — c’est-à-dire au moment où cessent les indemnités journalières de l’Assurance Maladie —, une pension en cas d’invalidité empêchant l’exercice de l’activité libérale, et, en cas de décès en activité, un capital et des rentes pour le conjoint et les enfants. Les autres professions de santé libérales relèvent d’autres sections, aux règles propres : la règle d’une caisse ne se transpose pas à une autre.
- La couverture complémentaire : un choix individuel. Les deux régimes ci-dessus fixent ce qui est versé, à partir de quand et sur quelle base ; ils laissent des espaces que chacun mesure selon sa situation — les trois jours de carence, le niveau des prestations par rapport aux charges fixes du cabinet, l’articulation entre les 90 premiers jours et le relais de la CARPIMKO, la part des frais de santé non remboursée. Une prévoyance ou une mutuelle complémentaire répond à ces espaces ; elle ne remplace ni ne modifie les régimes obligatoires. Aucun montant de prestation n’est indiqué ici : ils dépendent des revenus déclarés, des droits acquis et des règles en vigueur, que seules les caisses et l’Assurance Maladie publient à jour.
C’est pourquoi aucune statistique départementale ne permet de conclure qu’un professionnel de santé libéral est bien ou insuffisamment protégé : le niveau réel de protection dépend du statut, du conventionnement, de la caisse, des revenus, des droits acquis, des contrats en vigueur et des besoins personnels. Ce que le portrait ci-dessus rend visible, c’est la diversité des situations que ces règles rencontrent dans le département — d’une infirmière de plus de 55 ans, installée de longue date, à un kinésithérapeute de moins de 35 ans en début d’activité, les charges, les droits acquis et les enjeux ne sont pas les mêmes.
Et pour sa propre situation ?
Le point de départ n’est pas la moyenne du département, mais sa propre profession, son conventionnement et ses deux caisses : ils fixent ce que le régime obligatoire verse en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès, et à partir de quand. Nous détaillons ces mécanismes sur nos pages consacrées à la prévoyance des indépendants, avec des déclinaisons pour les infirmiers libéraux et les masseurs-kinésithérapeutes libéraux, une page dédiée aux garanties de la CARPIMKO et un article sur les indemnités journalières des professions libérales ; côté santé, la mutuelle des indépendants et ses déclinaisons pour les infirmiers et les kinésithérapeutes. Pour une situation précise, le Bilan 360 permet de faire le point en ligne sur ses droits obligatoires et ses contrats existants, ou d’en parler avec un conseiller.