Pourquoi cet audit se fait rarement, et pourquoi il finit par se faire

Un contrat de prévoyance et un accord de branche ne répondent pas à la même question. Le premier décrit la couverture assurée ; le second peut fixer des obligations conventionnelles applicables à l'employeur. L'audit consiste à vérifier que ces deux couches concordent, avant qu'un sinistre ou une revue sociale ne révèle un écart.

Cet article n'explique ni le maintien de salaire, ni la prévoyance des cadres, ni ce qu'est une prévoyance collective. Ces sujets sont traités ailleurs sur le site, et nous y renvoyons plus bas. Il traite une seule chose : la méthode pour vérifier vous-même ce que votre convention collective vous impose, avec les textes qui permettent de le faire.

Étape 1 — Identifier la convention réellement applicable

Le point de départ est le bulletin de paie de vos salariés. L'article R. 3243-1 du code du travail liste ses mentions obligatoires, et deux d'entre elles sont souvent confondues.

Le impose « le numéro de la nomenclature d'activité […] caractérisant l'activité de l'établissement d'emploi » — le code d'activité, dit APE ou NAF. Le , lui, impose « s'il y a lieu, l'intitulé de la convention collective de branche applicable au salarié ou, à défaut, la référence au code du travail » pour la durée des congés payés et les délais de préavis.

Le raccourci à ne pas prendreLe code d'activité caractérise l'activité de l'établissement. Entreprendre Service Public précise que le code APE constitue un indice sur l'activité principale et donc sur la convention applicable, mais que le champ d'application des conventions possibles doit être vérifié. Le code APE est donc un point de recherche, pas une preuve suffisante à lui seul.

Deuxième précaution, moins connue : la mention du 3° n'est due que « s'il y a lieu », et le texte prévoit explicitement une alternative « à défaut ». Un bulletin peut donc légalement ne porter aucun intitulé de convention. Son absence n'est pas une preuve qu'aucune branche ne vous concerne — c'est un signal qui demande à être instruit, pas une conclusion.

Étape 2 — Ouvrir le texte en vigueur, avec ses avenants

Une fois la convention identifiée, il faut lire le texte lui-même plutôt qu'un résumé. Les conventions collectives nationales et leurs avenants sont publiés sur Légifrance, classés par identifiant de convention collective (IDCC). Trois points méritent d'être vérifiés au moment de la lecture :

  • la version applicable — un accord de prévoyance vit par avenants successifs ; lire une version antérieure conduit à auditer des garanties qui ne sont plus celles de la branche ;
  • la date d'effet — elle est propre au texte conventionnel et ne se confond pas avec la date de sa publication ;
  • l'extension — l'article L. 2261-15 du code du travail permet de rendre les stipulations d'un accord de branche obligatoires, par arrêté, pour tous les employeurs et salariés compris dans son champ. Entreprendre Service Public rappelle qu'avant extension, l'appartenance de l'employeur à une organisation patronale signataire fait notamment partie des éléments à vérifier.

Étape 3 — Lire qui est couvert, et sur quels risques

La population couverte se lit dans le champ et les conditions de l'accord de prévoyance concerné. Ne partez pas d'une catégorie supposée : relevez les termes utilisés par le texte et appliquez-les à vos salariés.

Pour rattacher chacun de vos salariés à la bonne catégorie, le bulletin de paie est à nouveau utile : son 4° impose de mentionner « sa position dans la classification conventionnelle qui lui est applicable », définie notamment par un niveau ou un coefficient hiérarchique. Lorsque l'accord renvoie à cette classification, cette position est un repère utile pour vérifier l'appartenance à la population couverte ; l'intitulé du poste, pris seul, ne suffit pas à cette vérification.

Sur les risques, la même discipline s'applique : ne retenez que ce que le texte énonce, avec les minima qu'il fixe s'il en fixe, et la répartition de la cotisation entre employeur et salarié s'il la prévoit. Un taux ou un plafond qui ne figure pas dans le texte ne doit pas entrer dans votre audit — même s'il figure dans une plaquette.

Étape 4 — Chercher aussi ce qui ne vient pas de la branche

Un audit limité à la convention collective est un audit incomplet. L'article L. 911-1 du code de la sécurité sociale énonce que les garanties collectives sont déterminées « soit par voie de conventions ou d'accords collectifs, soit à la suite de la ratification à la majorité des intéressés d'un projet d'accord proposé par le chef d'entreprise, soit par une décision unilatérale du chef d'entreprise constatée dans un écrit remis par celui-ci à chaque intéressé ».

Parmi ces modalités, la décision unilatérale porte une exigence de forme explicite : elle doit être constatée dans un écrit remis à chaque intéressé. L'audit doit donc vérifier l'existence de cet écrit et sa remise lorsqu'une décision unilatérale fonde les garanties.

Étape 5 — Comparer avec le contrat en place

La comparaison se fait ligne à ligne, et sur plus que le niveau des garanties : population effectivement couverte, risques, assiettes de cotisation, répartition employeur-salarié, conditions d'ancienneté, et exclusions ou franchises lorsqu'elles touchent une garantie que la branche impose.

Deux questions distinctes, à ne pas fusionner

« Mon contrat est-il assez couvrant ? » porte sur le niveau des garanties.
« Ma couverture est-elle correctement mise en place ? » porte sur l'acte juridique, la population et le formalisme.
Un contrat plus généreux que la branche peut répondre « oui » à la première sans suffire à établir la seconde.

Que faire si vous découvrez un écart

Qualifier avant d'agir : quel texte s'applique réellement, depuis quelle date d'effet, à quels salariés et sur quels risques. Comparez ensuite ces exigences au contrat en place pour identifier les écarts assurantiels qui doivent être corrigés.

Nous ne publions pas ici de sanction générique : les conséquences d'un écart dépendent de sa nature et du texte en cause, et celles qui sortent du champ de l'assurance — traitement social des cotisations, relations individuelles de travail — relèvent de votre conseil social ou juridique. Pour l'acte juridique fondateur et les conséquences sociales ou juridiques, faites valider la régularisation par le conseil compétent.

Une remarque sur le millésime

Aucune réforme de la prévoyance collective n'est invoquée par cet article. « En 2026 » signifie ici une seule chose : c'est la méthode à appliquer aujourd'hui, sur les textes en vigueur aujourd'hui. Une convention peut avoir été modifiée par avenant depuis votre dernière lecture sans qu'aucune loi n'ait changé — et c'est précisément pour cela que l'audit se refait.