Une étude de régulateurs est un document utile et facile à mal citer. Celle que le Pôle commun de l'ACPR et de l'AMF a publiée le 22 juin 2026 sur les produits structurés ne fait pas exception : elle contient plusieurs chiffres frappants, et ces chiffres ne portent pas tous sur la même chose. Avant de la lire comme un verdict, il faut la lire comme ce qu'elle est — une série de mesures, chacune sur son périmètre.
Le point de départ : où sont réellement vendus ces produits
L'étude est claire sur ce point : « environ 20 % de ces produits sont commercialisés via des offres au public sur compte-titres », tandis que « près de 80 % sont distribués sous forme d'unités de compte (UC) dans des contrats d'assurance-vie ».
Autrement dit, le canal très majoritaire est l'assurance-vie. C'est aussi celui par lequel un épargnant particulier rencontre ce type de produit, le plus souvent au sein d'une allocation proposée dans son contrat.
Le canal majoritaire n'est pas celui qui a été chiffré
C'est le point le plus important de cette lecture. Les mesures de frais publiées par l'étude portent sur des titres distribués en compte-titres. Côté assurance-vie, le Pôle commun formule des constats de conformité, mais ne publie pas de mesure chiffrée des frais.
Ce que l'étude chiffre sur les frais — et sur quel échantillon
L'étude indique que « les niveaux de rémunération ont été analysés sur un échantillon de 60 titres de créance structurés, soit 18 émetteurs et 20 distributeurs ». Sur cet échantillon, les coûts d'entrée s'échelonnent de 1,20 % à 13,16 %, pour une moyenne de 5,83 %.
Ces frais ont une particularité : ils ne se présentent pas comme une ligne facturée. L'étude les décrit comme une marge ajoutée à la valeur de marché du produit, intégrée dans sa structuration financière. C'est précisément ce qui les rend, selon les auteurs, difficiles à percevoir pour l'investisseur.
Une précision s'impose ici, et elle est décisive : ces valeurs se rapportent au canal compte-titres. Les transposer à un produit logé dans un contrat d'assurance-vie serait une erreur de population — un chiffre exact appliqué au mauvais ensemble.
Ce que l'étude ne mesure pas
Deux absences méritent d'être connues, parce qu'elles concernent directement l'épargnant assuré.
- La rémunération des distributeurs en assurance-vie n'est pas chiffrée : le tableau de rémunération des acteurs couvre les distributeurs du canal compte-titres.
- Les frais du contrat lui-même ne le sont pas non plus. L'étude précise que les rendements qu'elle présente le sont « hors frais d'enveloppe liés au contrat d'assurance-vie ». Les frais de gestion des unités de compte, les frais sur versement et les autres frais du contrat s'ajoutent donc à ce qui a été mesuré, sans avoir été mesurés.
Ce n'est pas un reproche adressé aux auteurs : leur périmètre est annoncé. C'est une information que le lecteur doit avoir pour ne pas croire qu'il lit le coût complet de ce qu'il détient.
La performance : un écart de 2,4 points, et ses bornes
Le Pôle commun a comparé la performance des produits structurés à celle de fonds indiciels répliquant leurs sous-jacents. Sur un échantillon de 65 produits représentant environ 5 milliards d'euros d'encours, l'étude relève « un différentiel de 2,4 points en défaveur des produits structurés », sur la période 2022-2024.