Par Christopher Basquin | Courtier indépendant · ORIAS 25007309
Publié le
Depuis le 1er janvier 2026, la loi interdit en principe aux mutuelles, institutions de prévoyance et assureurs santé d'augmenter leurs cotisations par rapport à 2025. C'est ce que prévoit l'article 13 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, adopté fin décembre 2025. Dans la pratique, une large majorité d'assurés ont pourtant vu leur cotisation grimper depuis le début de l'année, souvent de plusieurs points de pourcentage. Le sujet est aujourd'hui devant le Conseil d'État, saisi par le gouvernement lui-même sur la solidité juridique de sa propre mesure. En attendant une clarification dont la date n'est pas connue, voici ce que dit précisément le texte, pourquoi son application est contestée, et surtout ce que vous pouvez faire concrètement sur votre propre contrat sans attendre l'issue de ce contentieux.
À retenir
- La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (art. 13) interdit toute hausse des cotisations complémentaire santé par rapport à 2025.
- Cette même loi crée une contribution exceptionnelle de 2,05 % sur les cotisations perçues par les organismes complémentaires en 2026.
- Les fédérations du secteur ont maintenu leurs hausses tarifaires, en invoquant des avis d'échéance envoyés avant l'adoption définitive du texte.
- Le gouvernement a saisi le Conseil d'État pour obtenir son avis sur une possible inconstitutionnalité du gel — la décision n'est pas encore rendue.
- Votre droit à changer de mutuelle à tout moment, lui, ne dépend pas de ce contentieux et reste pleinement applicable dès aujourd’hui.
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Comparer ma mutuelleCe que dit précisément l'article 13 de la LFSS 2026
La loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026 instaure, à son article 13, une contribution exceptionnelle de 2,05 % sur les cotisations perçues au titre de l'exercice 2026 par l'ensemble des organismes complémentaires d'assurance maladie (OCAM) : mutuelles relevant du code de la mutualité, institutions de prévoyance, sociétés d'assurance santé et organismes étrangers en libre prestation de services. Cette contribution s'ajoute à la taxe de solidarité additionnelle déjà appliquée aux contrats responsables.
Pour éviter que cette charge fiscale supplémentaire ne soit répercutée sur les assurés, le même article pose un second principe, formulé ainsi par le texte de loi : « Pour l'année 2026, le montant des cotisations des organismes complémentaires d'assurance maladie ne peut être augmenté par rapport à celui applicable pour l'année 2025. » Concrètement, un contrat qui coûtait 100 € par mois en 2025 ne devrait, en théorie, pas pouvoir dépasser ce montant en 2026, à garanties identiques.
Les deux volets de la mesure
- Volet fiscal : une contribution exceptionnelle de 2,05 % sur les cotisations 2026, estimée par le secteur à environ un milliard d'euros au total pour les organismes concernés.
- Volet tarifaire : l'interdiction, pour ces mêmes organismes, d'augmenter le montant des cotisations facturées à leurs assurés par rapport à 2025.
Pourquoi la quasi-totalité des cotisations ont augmenté malgré le texte
Sur le terrain, le constat est à l'inverse de l'intention affichée par la loi. Selon la Mutualité Française, la hausse moyenne constatée sur les contrats 2026 est de l'ordre de 4 à 5 %, avec des écarts selon les organismes et les types de contrats (individuels ou collectifs). La quasi-totalité des mutuelles et assureurs santé ont donc maintenu leurs revalorisations tarifaires du début d'année, en apparente contradiction avec le gel voté par le Parlement.
Les fédérations professionnelles du secteur avancent un argument temporel pour justifier cette situation : les avis d'échéance portant les nouvelles cotisations 2026 ont, pour l'essentiel, été envoyés aux adhérents dès décembre 2025 — donc avant l'adoption définitive de la loi, intervenue le 30 décembre 2025. Sur cette base, elles estiment ne pas être tenues par une interdiction de hausse qui, selon elles, ne pouvait s'appliquer rétroactivement à des tarifs déjà notifiés.
Ce que cela signifie pour vous
Si votre avis d'échéance 2026 affiche une hausse, il y a de fortes chances qu'elle soit considérée comme régulière par votre organisme, quel que soit le sort réservé au gel devant le Conseil d'État. Le contentieux juridique ne garantit pas, à ce stade, un remboursement rétroactif des sommes déjà facturées.
Un texte que le gouvernement conteste lui-même devant le Conseil d'État
Fait notable, ce n'est pas seulement le secteur assurantiel qui conteste la mesure : c'est également le gouvernement qui en a demandé l'examen. Dans un communiqué commun, la Mutualité Française, France Assureurs, la Fédération nationale de la mutualité française et les institutions de prévoyance ont qualifié le gel des tarifs de disposition « très probablement inconstitutionnelle » et « inapplicable ». Le gouvernement a, de son côté, saisi le Conseil d'État pour obtenir son avis sur la question de savoir si cette disposition est manifestement contraire aux droits et libertés garantis par la Constitution — ce qui lui permettrait de choisir de ne pas l'appliquer.
À la date de publication de cet article, l'avis du Conseil d'État n'a pas été rendu public. Plusieurs questions écrites ont été déposées à l'Assemblée nationale sur ce dossier, signe que le sujet reste activement suivi par les parlementaires eux-mêmes.
Le gouvernement conteste sa propre loi
Saisine du Conseil d'État sur une possible inconstitutionnalité du gel voté fin 2025.
Les assureurs jugent la mesure inapplicable
Communiqué commun des fédérations professionnelles dénonçant un texte contradictoire.
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Ce que vous pouvez faire, sans attendre la décision du Conseil d'État
Attendre l'issue du contentieux juridique n'est pas une stratégie efficace : sa date de résolution n'est pas connue, et rien ne garantit qu'une décision défavorable au gouvernement se traduise par un remboursement rétroactif des hausses déjà appliquées. En revanche, votre droit à agir sur votre propre contrat, lui, est immédiatement disponible.
1. Relisez votre avis d'échéance
Identifiez le pourcentage exact de hausse appliqué et comparez-le aux moyennes sectorielles publiées (de l'ordre de 4 à 5 % pour 2026 selon la Mutualité Française). Un écart important, sans changement de garanties, mérite d'être questionné auprès de votre organisme.
2. Demandez un devis comparatif
Comparez votre cotisation actuelle, garanties équivalentes, à des offres concurrentes. C'est souvent le levier le plus rapide pour réduire l'impact d'une hausse, quelle que soit son origine.
3. Utilisez la résiliation infra-annuelle si besoin
Depuis la loi Châtel renforcée, un contrat de plus d'un an peut être résilié à tout moment, avec effet un mois plus tard. Vous n'avez pas à attendre l'échéance annuelle pour changer de mutuelle si une offre plus adaptée existe.
Pour aller plus loin sur ces démarches, consultez notre article sur la résiliation infra-annuelle de votre mutuelle et notre guide pour savoir quand il est pertinent de changer de mutuelle senior.
Le conseil Tessoria
Ce dossier illustre une situation fréquente : un principe légal existe sur le papier, mais son application concrète reste incertaine tant qu'un contentieux n'est pas tranché. Dans l'intervalle, ce sont les assurés qui continuent de payer les hausses notifiées.
Notre recommandation est simple : ne conditionnez pas votre décision à l'issue d'une procédure dont le calendrier n'est pas maîtrisable. Vérifiez votre propre situation — niveau de hausse, garanties réellement utilisées, alternatives disponibles — et agissez sur les leviers qui sont déjà à votre disposition aujourd'hui.
Nous suivrons l'évolution de ce dossier et mettrons cet article à jour dès qu'une décision sera rendue publique.
Questions fréquentes
Conclusion
Le gel des tarifs des complémentaires santé pour 2026 illustre l'écart qui peut exister entre un texte de loi et sa mise en œuvre réelle. Voté pour protéger les assurés d'une nouvelle contribution exceptionnelle, il est aujourd'hui contesté par le secteur assurantiel et par le gouvernement lui-même devant le Conseil d'État, pendant que la quasi-totalité des cotisations ont malgré tout augmenté depuis janvier.
Dans ce contexte incertain, la meilleure protection reste de vérifier concrètement votre propre contrat plutôt que d'attendre une clarification juridique sans échéance connue.
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Sources
- · Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 (art. 13) — Légifrance
- · Question écrite n° 12885 — Blocage des cotisations de complémentaire santé pour 2026 — Assemblée nationale
- · Question écrite n° 13070 — Contribution exceptionnelle des organismes complémentaires de santé — Assemblée nationale
Cet article est informatif et ne remplace pas une analyse personnalisée de votre situation. Les éléments présentés correspondent à l'état du dossier au 6 juillet 2026 — la position du Conseil d'État n'était pas encore rendue publique à cette date, et cet article sera mis à jour en conséquence. Pour une évaluation de votre contrat, contactez un conseiller Tessoria.