En résumé
Depuis 2022, le statut de conjoint collaborateur ne peut plus être conservé plus de cinq ans, toutes périodes et toutes entreprises confondues. Pour les personnes qui exerçaient déjà sous ce statut au 1er janvier 2022, la loi ne compte que les périodes postérieures à cette date : le compteur a donc démarré le 1er janvier 2022 et arrive à échéance au cours de 2026. Au-delà, il faut opter pour conjoint salarié ou conjoint associé ; à défaut, la loi répute que le statut de conjoint salarié a été choisi. La radiation par l'organisme de sécurité sociale, elle, n'est pas automatique : c'est une faculté, exercée après une procédure contradictoire, et elle prend effet au terme de la dernière année civile — soit le 31 décembre 2026 pour cette génération.
À retenir
- Le statut de conjoint collaborateur est plafonné à cinq ans, toutes périodes et toutes entreprises confondues (article L. 121-4, IV bis du code de commerce).
- Pour ceux qui l'étaient déjà au 1er janvier 2022, le compteur ne retient que les périodes postérieures à cette date : les cinq ans arrivent donc à échéance en 2026.
- Au-delà, il faut opter pour conjoint salarié ou conjoint associé. À défaut d'option, la loi répute que le statut de conjoint salarié a été choisi.
- La radiation par l'organisme de sécurité sociale est une faculté, décidée après une procédure contradictoire, et elle prend effet au terme de la dernière année civile — soit le 31 décembre 2026 pour cette génération.
- Une exception de fin de carrière existe pour ceux qui atteignent l'âge du taux plein automatique au plus tard le 31 décembre 2031.
Qui est concerné — et qui ne l'est pas
L'article L. 121-4 du code de commerce ouvre trois statuts au conjoint du chef d'une entreprise artisanale, commerciale ou libérale qui y exerce une activité professionnelle régulière : conjoint collaborateur, conjoint salarié, conjoint associé. C'est le premier de ces trois qui est plafonné.
Deux bornes méritent d'être posées tout de suite, parce qu'elles écartent beaucoup de lecteurs. D'abord, en société, le statut de conjoint collaborateur n'est ouvert qu'au conjoint du gérant associé unique ou du gérant associé majoritaire d'une SARL ou d'une SELARL. Le conjoint d'un président de SAS, par exemple, n'y a pas accès. Ensuite, le conjoint collaborateur d'une exploitation ou entreprise agricole relève de dispositions propres du code rural et de la pêche maritime : la mécanique est voisine, la base juridique est distincte, et les échéances de l'une ne se transposent pas à l'autre.
Cinq ans, et le compteur a démarré le 1er janvier 2022
Le IV bis de l'article L. 121-4 est net : « Une personne ne peut conserver le statut de conjoint collaborateur pendant une durée supérieure à cinq ans, en tenant compte de l'ensemble des périodes et des entreprises au titre desquelles elle a opté pour ce statut. » Le plafond suit donc la personne, pas l'entreprise : avoir changé de société en cours de route ne remet pas le compteur à zéro.
Reste à savoir quand ce compteur commence. C'est l'article 24 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2022 qui le dit : pour les personnes qui exerçaient déjà sous ce statut au 1er janvier 2022, la durée de cinq ans « s'apprécie au regard des seules périodes postérieures à cette date ».
Autrement dit, l'ancienneté acquise avant 2022 n'est pas décomptée — mais elle n'accorde aucun sursis non plus. Quelqu'un qui était conjoint collaborateur depuis 1998 et quelqu'un qui l'était depuis décembre 2021 sont exactement dans la même situation : leur compteur a démarré le même jour.
D'où vient précisément la date du 31 décembre 2026
Elle n'est écrite telle quelle dans aucun des deux textes ci-dessus : elle résulte de leur combinaison avec l'article L. 661-2 du code de la sécurité sociale, selon lequel la radiation « prend effet au terme de la dernière année civile au cours de laquelle la durée de cinq ans arrive à échéance ». La loi raisonne en années civiles, pas en dates anniversaires : le compteur ayant démarré le 1er janvier 2022, l'échéance tombe au cours de 2026, et son effet est reporté au 31 décembre. Ce n'est donc ni une tolérance ni un délai de grâce, c'est la règle de calcul elle-même.
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Deux mécanismes qu'il ne faut surtout pas confondre
C'est le point sur lequel la plupart des résumés glissent. Ce qui se passe fin 2026 n'est pas un événement mais deux, et ils n'ont ni la même nature ni le même degré d'automatisme.
La bascule de statut est de plein droit. Le IV bis de L. 121-4 prévoit qu'au-delà des cinq ans, le conjoint qui continue d'exercer régulièrement « opte pour le statut de conjoint salarié ou de conjoint associé. À défaut, il est réputé avoir opté pour le statut de conjoint salarié ». Personne n'a besoin de prendre une décision pour que cela s'applique.
La radiation, elle, est une décision. L'article L. 661-2 dispose que l'organisme de sécurité sociale « peut » procéder à la radiation, et qu'elle est décidée « à l'issue d'une procédure contradictoire ». Ce n'est donc pas un basculement silencieux au 1er janvier 2027 : c'est une faculté, qui s'exerce après que vous avez pu vous expliquer.
La conséquence pratique compte plus que la nuance juridique. Être réputé conjoint salarié sans contrat de travail, sans rémunération et sans bulletin de paie n'est pas une situation stable : c'est une qualification légale sans les actes qui devraient l'accompagner. C'est précisément pour ne pas s'y trouver qu'il vaut mieux choisir que subir l'échéance.
Salarié ou associé : ce que le choix déplace vraiment
Le débat est souvent posé en termes de coût. Il gagne à être posé en termes de protection, parce que c'est là que l'écart est le plus grand.
Le conjoint salarié a un contrat de travail et une rémunération réelle. Sa retraite se constitue sur cette rémunération, il relève du régime général, il bénéficie de la couverture collective de l'entreprise lorsqu'elle existe, et il peut ouvrir des droits à l'assurance chômage sous conditions. En contrepartie, l'entreprise supporte des cotisations patronales et salariales assises sur un salaire effectif.
Le conjoint associé détient des parts, participe aux décisions et perçoit le cas échéant des dividendes. Sa protection sociale, en revanche, dépend entièrement de son statut social effectif dans la société : un associé qui n'exerce pas d'activité rémunérée n'acquiert ni droits à la retraite ni couverture prévoyance à ce titre. C'est le point aveugle le plus fréquent de ce choix.
Dans les deux cas, la couverture qui existait au titre du statut de conjoint collaborateur cesse. C'est donc le bon moment pour regarder la protection sociale attachée à chaque statut plutôt que de découvrir l'écart après coup.
L'exception de fin de carrière
Le même article 24 de la loi de 2022 réserve un cas : « les personnes atteignant au plus tard le 31 décembre 2031 l'âge prévu au 1° de l'article L. 351-8 du code de la sécurité sociale peuvent conserver le statut de conjoint collaborateur jusqu'à la liquidation de leurs droits à pension ».
Cet âge est celui du taux plein automatique. Le code ne l'écrit pas en années : il le définit par renvoi, comme l'âge légal de départ à la retraite augmenté de trois ans. Or l'âge légal varie selon l'année de naissance. Nous ne convertirons donc pas cette exception en une année de naissance limite, comme on le lit parfois : la réponse dépend de votre génération, et c'est votre relevé de carrière ou votre caisse de retraite qui la donne.
Ce qu'il reste à faire d'ici la fin de l'année
Vérifier que vous êtes bien concerné. Le statut doit avoir été déclaré, et la forme de l'entreprise doit l'autoriser — en société, seulement SARL ou SELARL avec un gérant associé unique ou majoritaire.
Regarder si l'exception de fin de carrière vous vise. C'est la seule question qui peut clore le sujet sans rien changer, et elle se tranche avec votre caisse.
Trancher entre salarié et associé sur la protection, pas seulement sur le coût — retraite, prévoyance, santé, et ce que devient la couverture actuelle.
Déclarer le nouveau statut auprès des organismes habilités à enregistrer l'immatriculation de l'entreprise : le IV de L. 121-4 met cette obligation à la charge du chef d'entreprise, pas du conjoint.
Pour aller plus loin : comparer la protection sociale selon le statut du dirigeant et de son conjoint.
Questions fréquentes
Un changement de statut avant le 31 décembre
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Christopher Basquin
Associé gérant · Courtier en assurances (ORIAS 25007309)
13 ans dans l'assurance, spécialisé dans la protection sociale des indépendants et dirigeants de TPE (prévoyance, Madelin, retraite, mutuelle).
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