Quand un indépendant s’arrête, son chiffre d’affaires s’arrête avec lui ; ses sorties de trésorerie, non. La question utile n’est donc pas « combien verse le régime ? » — elle a sa réponse ailleurs — mais « combien me manque-t-il, concrètement, sur trente jours ? ». Ce chiffre-là ne se trouve dans aucun barème : il se construit à partir de vos propres montants. Voici comment le poser, étape par étape, avant toute étude de contrat.

Pourquoi le sujet concerne particulièrement le tissu indépendant local

En 2023, l’Insee recensait 85 798 non-salariés dans les Alpes-Maritimes, soit 18,3 % des 469 716 personnes en emploi résidant dans le département. Près d’une personne en emploi sur cinq y travaille donc hors salariat — sans l’étage de maintien de salaire qu’un employeur doit à ses salariés.

Cette statistique décrit un statut d’emploi au sens du recensement, mesuré à l’échelle du département et au lieu de résidence. Elle ne dit pas le régime social de chacun, ni sa couverture, et elle ne distingue pas Nice du reste des Alpes-Maritimes. Elle sert à une chose : situer le poids du travail indépendant dans l’emploi local. Le besoin de continuité, lui, ne se lit que dans les chiffres de chacun.

Étape 1 — combien devez-vous réellement maintenir pour vivre ?

Partez du revenu que vous vous versez, pas du chiffre d’affaires. La question est : sur 30 jours, quel montant minimum doit arriver sur votre compte personnel pour que rien ne casse ? Deux lignes distinctes :

  • A — le revenu personnel minimum : ce qu’il faut pour les dépenses courantes du foyer, une fois retirées celles qu’un arrêt suspend réellement (déplacements, repas professionnels).
  • C — les échéances non compressibles : crédit immobilier, loyer d’habitation, pensions, mensualités déjà engagées. Elles tombent à date fixe, arrêt ou pas.

Votre dernier avis d’imposition et vos relevés de compte suffisent à poser ces deux lignes. Ne cherchez pas un « bon » niveau : il n’y en a pas, seulement le vôtre.

Étape 2 — quelles charges professionnelles continuent pendant l’arrêt ?

C’est la ligne que l’on oublie, parce qu’elle ne passe pas par le compte personnel. Pendant un arrêt, l’activité ne produit plus, mais elle continue de coûter : loyer ou crédit du local, assurances professionnelles, abonnements et logiciels, leasing, cotisations appelées sur les revenus passés, éventuellement un salarié. Listez ce qui reste dû si vous ne travaillez pas un seul jour du mois — c’est la ligne B.

Ce montant n’est pas du revenu, et les indemnités journalières du régime obligatoire ne le couvrent pas : elles compensent une perte de revenu personnel. C’est ce qui distingue, dans un contrat de prévoyance, une indemnité journalière d’une garantie de frais professionnels — deux réponses à deux lignes différentes de ce calcul. Nous ne détaillons pas cette seconde garantie ici ; retenez seulement que B se compte à part.

Étape 3 — combien le régime obligatoire verserait-il dans votre cas ?

C’est la ligne D, et la seule que des règles publiques permettent de calculer. Pour un arrêt maladie en 2026, l’Assurance Maladie applique deux cadres, selon votre régime :

Indemnités journalières maladie du régime obligatoire, règles et montants au 1er janvier 2026 (ameli.fr). Raam = revenu d’activité annuel moyen des trois années civiles précédant l’arrêt. Les maximums ne sont atteints qu’au niveau de revenu plafond ; en dessous, l’indemnité est proportionnelle au Raam.
RégimeConditionsCalculMaximum par jour
Artisan, commerçant, micro-entrepreneur, libéral non réglementé12 mois d’affiliation continus ; carence de 3 jours1/730e du Raam, Raam retenu dans la limite du Pass (48 060 €) ; nul sous 4 582 €65,84 € bruts
Profession libérale réglementée (section CNAVPL, hors avocats)12 mois d’affiliation continus ; carence de 3 jours ; versées par la CPAM jusqu’au 90e jour1/730e du Raam, Raam retenu dans la limite de 3 Pass (144 180 €) ; nul sous 4 582 €197,51 € bruts

Deux précautions. Le Raam n’est pas votre chiffre d’affaires : c’est la moyenne de vos revenus cotisés des trois dernières années civiles — pour un micro-entrepreneur, le chiffre d’affaires après abattement. Et les maximums ne sont pas des droits : un artisan dont le Raam est inférieur au Pass touche moins de 65,84 € par jour, proportionnellement, et rien du tout sous le seuil d’ouverture des droits — le même seuil vaut pour un libéral réglementé : aucun des deux régimes ne garantit un plancher. Pour obtenir D, prenez votre Raam, divisez-le par 730, plafonnez au maximum de votre régime, et multipliez par 27 — les jours indemnisables sur 30, carence déduite. Les conditions détaillées par statut et par caisse sont sur la page prévoyance TNS à Nice ; nous n’en reprenons ici que ce qui sert au calcul.

Étape 4 — quelle part pouvez-vous absorber avec votre trésorerie ?

Dernière ligne, E : l’épargne ou la trésorerie que vous acceptez de mobiliser sur 30 jours sans mettre l’activité en danger. « Acceptez » est le mot important : ce n’est pas tout ce que vous avez, c’est ce que vous êtes prêt à consommer pour un mois d’arrêt, en gardant ce qui doit rester pour la reprise.

Cette ligne a un second usage : rapportée à ce qui sort chaque jour, elle indique combien de jours vous pouvez tenir seul avant qu’un contrat n’ait à intervenir. C’est ce délai — pas un chiffre standard — qui donne son sens à la franchise d’un contrat de prévoyance. Nous ne comparons pas les franchises ici ; notez simplement le nombre de jours que E vous achète.

Un exemple sur 30 jours

EXEMPLE FICTIF. Les montants d’entrée ci-dessous sont des hypothèses, choisies pour illustrer la méthode ; ils ne décrivent aucun profil réel ni aucune moyenne locale. Seule la ligne D est calculée avec les règles 2026 du régime obligatoire.

EXEMPLE FICTIF — artisan, arrêt maladie de 30 jours, droits ouverts. Raam retenu : 36 000 €. Indemnité journalière = 36 000 € / 730 = 49,32 €, due 27 jours sur 30 (carence de 3 jours).
LigneMontant sur 30 jours
A — revenu personnel minimum à maintenir2 200 €
B — charges professionnelles qui continuent900 €
C — échéances personnelles non compressibles650 €
D — indemnisation obligatoire estimée (27 × 49,32 €)− 1 331,64 €
E — trésorerie mobilisée− 1 500 €
Besoin à couvrir918,36 €

Dans cet exemple, 918,36 € restent sans réponse sur un mois d’arrêt, une fois le régime obligatoire et la trésorerie comptés. Ce n’est ni beaucoup ni peu : c’est le chiffre qu’une étude de prévoyance doit prendre en entrée, avec la durée d’arrêt que vous voulez couvrir et le nombre de jours que votre trésorerie absorbe. Changez une seule hypothèse — un Raam plus bas, un local plus cher — et le résultat change ; c’est précisément pourquoi aucun « besoin type » ne peut être publié.

Les 5 documents à réunir avant d’étudier une prévoyance

  1. Vos revenus cotisés des trois dernières années civiles. ils forment le Raam, donc l’étape 3 : sans eux, l’indemnisation obligatoire ne se calcule pas.
  2. Votre dernier avis d’imposition. il fixe le revenu personnel réellement disponible, donc l’étape 1.
  3. La liste des charges professionnelles qui continuent pendant un arrêt. loyer, assurances, abonnements, remboursements — l’étape 2.
  4. Vos échéances personnelles non compressibles. crédit immobilier, loyer, pensions — l’étape 1, ligne C.
  5. Votre contrat de prévoyance actuel et son échéancier de cotisation, s’il existe. pour lire ce qui est déjà couvert, à partir de quel jour, et à quel prix.

Avec ces cinq pièces, les lignes A à E se remplissent en une heure, et le chiffre qui en sort est le vôtre. C’est avec lui — et avec votre statut, qui fixe les règles de la ligne D — que se lit ensuite un contrat : le niveau d’indemnité, le délai avant intervention, la durée. Nous traitons ce calibrage, statut par statut, sur notre page consacrée à la prévoyance TNS à Nice.